Le
top 10
de l'an 2001
Un
exercice difficile, certains pourraient même dire futile, mais que je répète
à chaque année dans le but de me rappeler les merveilleuses bouteilles que
j'ai eu le privilège de déguster, plus que pour en faire un réel classement.
Le procédé est assez simple, je passe rapidement à travers les notes des vins que j'ai bu et quand je tombe sur un vin dont le souvenir est encore assez précis dans ma tête que j'en ressens une étincelle de plaisir je le marque dans cette liste. Puis, je procède par élimination pour ne garder que 10 vins, en essayant de créér une liste assez variée.
Voici
donc mes meilleures bouteilles de l'an 2001.
1)
Pauillac 1994, Château Latour
Rarement ai-je eu
l'occasion de déguster un vin qui ait fait l'unanimité aussi facilement que ce
vin millésime de Latour. Dégusté pour la quatrième fois en un peu moins de
quatre ans, les gens autour de la table ont changé mais pas leur expression de
complet émerveillement. Ce Latour est le genre de vin qui convertirait les
foules si seulement il avait le pouvoir de parole. Et c'est peut-être le seul
pouvoir qui lui manque. Mais même muet, c'est un grand orateur. Son nez est
explosif, d'une intensité invraisemblable pour un premier cru classé de
Bordeaux âgé de sept ans. Ses notes de cèdre, de mine de plomb, de cuir, ses
relents de cassis et de violette ont une complexité majestueuse. La bouche est
d'une richesse qui défie la logique de tous ceux qui connaissent les caractéristiques
du millésime '94. Il est doté d'un charme irrésistible, mais il ne faut pas
chercher très longtemps pour trouver sa nature tout-à-fait Pauillacquaise: il
est très puissant, ses tannins se présentent comme la charpente d'une
structure imposante, ferme, indestructible, mais aux lignes d'une très grande
finesse et d'un parfait équilibre. Il possède un grain racé et une superbe mâche,
au milieu de laquelle se proposent des saveurs de cèdre et de cassis qui
persistent dans une finale à la longueur interminable. Ce Latour ne parle peut-être
pas, mais tout le long de la dégustation on a l'impression d'assister à une leçon,
à une conférence sur le Pauillac. On ne peut faire d'autre que de l'écouter.
Les fidèles de Latour ne me croiront pas, mais je n'hésiterais pas à en
ouvrir quelques bouteilles dès maintenant. AM : jusqu'en 2014.
(**** ½ @ ***** ; avr/01 ; Fed)
2)
Montrachet 1989, Amiot-Bonfils
Absolument irrésistible! La robe est dorée et très soutenue. Le nez est
explosif, complexe et parfaitement typé, ses notes de noisette, fumée et
pierre-à-fusil ont la précision d'une montre suisse; il évolue vers de jolies
notes de costarde et de menthe. La bouche est d'une intensité fabuleuse :
riche, onctueuse et en même temps très aromatique, avec des saveurs vaporeuses
de toffee qui évoquent un bon vieux single malt vieilli dans des fûts de
sherry. La longueur est superbe. C'est un grand vin!
(**** ½ @ ***** ; fév/01 ;
Fed)
3)
Grands-Échézeaux 1991, Domaine de la Romanée Conti
La robe est très prometteuse, très soutenue et d'un beau rubis profond, d'un
aspect encore très peu évolué malgré ses dix ans. Les nez est non seulement
très intense et complexe, mais il est de ce nez qui définissent toute la magie
d'un grand Bourgogne. Le fruit est débordant, caractérisé par des notes de
cerise noire sucrée nuancée de violette; on reconnaît dans les notes de cèdre
épicé la signature du domaine et les nuances de bois de santal viennent
ajouter un élément ultérieur de complexité et d'exotisme à cet ensemble
extrêmement complexe, aromatique et absolument irrésistible. La bouche est très
cohérente avec le nez : encore très jeune, mélangeant parfaitement richesse
et vigueur à l'élégance d'un grand bourgogne. La quantité de fruit est
vraiment étonnante étant donné l'âge et le millésime de ce vin, le tannin
est encore présent, mais il est fin et très bien enrobé. La finale est fruité
et pratiquement interminable. Il semble prêt à boire, mais évoluera aisément
pour une autre décennie. On ne peut pas en demander beaucoup plus à un vin...
(**** ½ @ ***** ; fév/01 ;
Fed)
4)
Chambertin "Clos de Bèze" 1995, Domaine Armand Rousseau
Rubis grenat, très
bonne saturation. Un vin très parfumé et délicat, avec un net caractère épicé,
offrant quelques notes de cumin, mais surtout avec une fraîcheur de lavande et
de violette qui évolue vers des notes de craie très distinguées. La bouche
est serrée, avec un peu de caractère rencontré dans le nez. Grande finesse,
avec des tannins délicats, une très belle acidité qui manifeste des nuances
d'agrumes (pamplemousse rose). Il est aérien et vaporeux en bouche et ne fait
que grandir dans le verre. Au bout de deux heures dans le verre, même après
deux heures de carafe, il était encore dans une forme éclatante. Moins fruité
que le splendide 1996, mais d'une race indéniable. Il est pratiquement prêt à
boire, mais pourra être conservé encore bien des années.
(**** ½ - sept./01 - Fed)
5)
Champagne brut "Vieilles vignes françaises"
1990, Bollinger
Robe
dorée, aux reflets de pêche, très intense. Le nez est discret, mais profond
et brioché, avec des notes de chocolat et d'amande. L'oxydation amène des arômes
de fleurs tropicales très complexes. La bouche est d'une concentration étonnante,
très savoureuse, avec des bulles à peine perceptibles. Le tout rend le
champagne extrêmement vineux et intense. C'est sans doute un vin qui a un long
avenir devant lui. AM 2005 @ 2015.
(**** ½ ; jan/01 ; Fed)
6)
Pomerol 1994, Château Trotanoy
Pourpre aux reflets
grenat, excellente saturation. Encore très jeune et puissant, avec des notes de
cuir et de chêne légèrement carbonisé, de fumée et de framboises très mûres.
L'attaque est très fruitée, la bouche offre beaucoup de concentration et une
matière très serrée. La structure très solide est soutenue par des tannins
fermes, très fins. C'est du grand Bordeaux, racé et puissant, avec beaucoup de
maturité et de concentration. La finale est très longue et offre des relents
de framboise. Il mérite de vieillir. AM : 2006@2014.
(****½ - oct./01 – Fed)
7)
Côte Rôtie « La Mouline » 1988, Guigal
Le nez est tellement
explosif que j’en oublie de regarder la robe. Il est exubérant et de très
grande maturité, même un peu confituré je dirais, avec des notes complexes
d’anis, de cuir, de civet, d’herbes et de prunes, qui débordent littéralement
du verre. À l’évolution le nez perd un peu de sa fraîcheur initiale et
devient plus confituré, avec des notes de goudron. Il fait presque penser à un
vin californien. La bouche est ample et très riche, d’une étonnante maturité
de fruit, mais toujours très fin et d’une élégance indéniablement
Viennoise. La fin de bouche est un peu animale et d’une longueur
exceptionnelle. À boire jusqu’en 2006.
(**** ½ ; fév/01 ; Fed)
8)
Châteauneuf du Pape 1998, Château de Beaucastel
Pourpre, d'excellente saturation. Dès le nez, on peut imaginer que la richesse
du vin est très importante; il y a une réelle profondeur, beaucoup de maturité
et surtout une grande pureté dans les notes de kirsch, subtilement épicées et
entremêlées d'herbes de Provence. C'est presque une crème de cerises noires
très mûres. La concentration en bouche est vraiment remarquable, il est
presque épais en milieu de palais, véritablement multidimensionnel, avec une
superbe profondeur de fruit qui s'étale de couche en couche jusqu'au noyau du
vin. Les tannins sont assez fermes, même si on les perd facilement dans autant
de richesse. Excellente finale, qui commence sur une nuance de réglisse et
termine sur des notes très nettes de prunes qui s'étalent sur plus d'une
minute. Vraiment exceptionnel! À noter que ce vin est peu caractéristique pour
Beaucastel, il n'offre pas le caractère animal qu'on y retrouve souvent. Mais
les Perrins (qui sont habituellement des fervents amateurs de Mourvèdre) ont
affirmé d'avoir récolté une grenache d'une telle qualité en 1998, qu'ils en
ont augmenté sa proportion dans l'assemblage final. En effet, le vin a un
caractère plus "propre" et plus pur que plusieurs Beaucastel du passé.
Ce qui n'empêche pas que son caractère animal pourrait resurgir dans quelques
années. En tout cas, il aura tout le temps de le faire car ce vin a une espérance
de vie remarquable.
(**** ½ ; mai/01 ; Fed)
9)
Barolo "Cerequio" 1996, M. Chiarlo (boutique signature)
Superbe vin! Le
nez est d'une classe étonnante, avec des notes de bois neuf de grande classe
parfaitement intégrées au caractère épicé, subtilement balsamique du vin.
La bouche est ample et généreuse, ce qui est rare pour un jeune Barolo, mais
1996 a été un grand millésime pour l'appellation. Les tannins sont de grande
finesse et donnent à la chair du vin une texture fine et soyeuse. La
concentration des saveurs est excellente et leur longueur aussi. Du Barolo comme
ça pour 55$ c'est donné.
(**** @ ****½ ; mai/01 ; Fed)
10)
Cabernet sauvignon « Tikal Vineyard » 1996, Catena Alta
Il n’est pas présentement
disponible, mais il ne faudra pas rater un éventuel retour de ce merveilleux
cabernet. De la robe pourpre opaque, d’impressionnante saturation, on
s’attendrait à un monstre. Mais le nez présente un vin subtil et élégant,
avec des notes de chêne français de grande qualité auxquelles s’entremêlent
des nuances de fruit très mûr, d’herbes aromatiques, de menthe. On devine
beaucoup de puissance et de profondeur, mais le tout est marqué d’une
certaine discrétion. La bouche est géante : ample et très dense, avec un
fruité extrêmement mûr, mais loin d’être confituré. La vin a une texture
soyeuse qui lui est conférée par ses tannins serrés et merveilleusement fins
et polis qui soutiennent la grande richesse du vin, lui empêchant de devenir décadente.
L’équilibre et la finesse de ce vin sont vraiment surprenants! Il a le fruit
d’un vin de Napa et la finesse tannique d’un grand Pauillac. Et la longueur
n’est pas négligeable non plus! Il me fait penser vaguement au grandiose
cabernet de la maison Phelps : le Insignia. Je sais que plusieurs d’entre vous
vont être réticents devant un vin argentin qui coûte plus de 50$, mais ce vin
ne se compare à rien d’autre de ce qui est fait en Amérique du Sud et je
suis convaincu qu’il ferait pâlir bien de cabernets californiens coûtant le
double du prix. J’achète!
(**** @ **** ½ ; mar/01 ; Fed)
Voici d'autres vins qui auraient facilement pu faire partie du top 10 :
Musigny
1995, Domaine du Comte de Vogüé
Superbe robe pourpre,
limpide et d'excellente saturation. Nez très profond et mûr, donnant une nette
impression d'ampleur et de richesse; les notes de fruits noirs sont nuancées de
violette, mais il est encore très embryonnaire. La bouche offre beaucoup de
richesse, une matière ample, généreuse, très dense, si dense que les
tannins, pourtant bien fermes, ne se manifestent que sur la pointe des pieds. Ce
vin donne la nette impression de pouvoir défier le temps.
(**** ½ - sept./01 - Fed)
Gevrey
Chambertin "Clos St. Jacques" 1988, Domaine A. Rousseau
Rubis de bonne saturation. Deux choses m'ont tout de suite frappé dans ce vin :
sa jeunesse, il a beaucoup de vitalité et on ne lui donnerait qu'une demi
douzaine d'années alors qu'il en a exactement le double; et sa profonde
similarité avec l'autre grand Clos de cette maison, le Chambertin "Clos de
Bèze". Il est très charmeur, avec des notes de cerise surette très pures
et un chêne très bien travaillé qui s'assimile merveilleusement bien au
fruit, offrant des nuances de cassonade. La bouche est souple, concentrée et très
complexe, aux saveurs d'épices, de violette et de cannelle, il est rond, et
parfaitement velouté, comme une caresse sur le palais. Ce vin est dans une
phase très positive et à en juger par son équilibre il devrait se maintenir
ainsi pendant un bon moment.
(**** @ **** ½ ; juin/01 ; Fed)
Bâtard-montrachet
1993, Domaine Leflaive
Il met beaucoup de temps à s'ouvrir, mais il est
pratiquement inoxydable dans le verre et continue d'évoluer pendant près de
quatre heures. Très discret, légèrement minéral au début, il est réservé
mais intéressant. C'est au bout d'une heure que la métamorphose advient et il
dévoile toute une gamme de notes d'amande et de fleurs blanches, tout en
gardant sont caractère minéral qui le rend si distingué. La bouche est de
corps moyen, mais de superbe concentration dans les saveurs minérales et fumées.
Très bonne longueur. Un très grand vin.
(****
½ ; juin/01 ; Fed)
Clos
de Tart 1990, Momessin
Sublime, mais fragile. Il offre une très belle complexité et beaucoup d'élégance,
mais se fatigue au bout de moins d'une heure dans le verre. Les notes de cèdre
et de cerise sont d'une élégance aérienne et très bourguignonnes dans leur
caractère. L'attaque est concentrée, la bouche est de corps moyen, mais encore
une fois de bonne concentration, épicée, avec un fruit doux, qui se masque de
notes finement iodées. L'équilibre me semble optimal et la longueur est
vraiment étonnante, toute en subtilité, avec des nuances de peau de pêche très
mûre. Grande classe! À boire maintenant.
(**** ½ - août/01 – Fed)
La
Romanée 1990, Bouchard
Très doux, avec des arômes de tabac, de goudron et d'infusion aux herbes. La
bouche est concentrée, imposante, aux tannins très présents, qui ne nuisent
pas à l'équilibre du vin. Très, très long en bouche, avec des relents de pêche
similaires au Clos de Tart du même millésime, avec qui il partage le caractère
majestueux des Bourgogne, mais avec un peu de puissance en plus. AM : jusqu'en
2007.
(**** ½ - août/01 – Fed)
Romanée
St. Vivant 1991, Domaine de la Romanée Conti
Rubis pourpre, très bonne saturation. Magnifique nez, d'une jeunesse étonnante.
Complexe, vigoureux, aux notes de cèdre, d'épice, de violette. La bouche est
très pleine, puissante et de grande concentration, avec un fruit juteux, mûr
et profond qui se débat encore avec des tannins fermes et aiguisées, ayant
besoin encore de quelques années pour s'assouplir. Un potentiel incroyable,
mais il est encore trop jeune! AM : 2005 @ 2011.
(**** ½ - août/01 – Fed)
Vintage
1977, Dow's
Superbe nez! Puissant, intense, avec un caractère de résine et menthe. Encore
très vigoureux, il semble avoir atteint un stade parfait d'évolution, il offre
des saveurs de noix de Grenoble nettes et de superbe concentration. Très bonne
longueur. L'exemple parfait d'un grand Porto à parfaite maturité.
(**** ½ @ ***** - août/01 – Fed)
Napa
Valley Cabernet sauvignon 1994, Caymus
Superbe nez, mais
plus près d'un Rioja que d'un cabernet californien. Le nez est exubérant, avec
des notes de chêne vanillé entremêlé à des arômes de cassis, prunes et un
caractère mentholé qui vient rafraîchir le tout. La bouche est très souple
et mûre, avec un fruité crémeux et des tannins soyeux et chocolatés. Grand
équilibre, excellente longueur. Il a évolué rapidement, mais ce vin a
toujours été une bombe de charme.
(**** @ **** ½ ; mar/01 ; Fed)
Hermitage
"la sizeranne" 1998, Chapoutier
Pourpre, excellente saturation. Nez complexe et changeant sans arrêt, avec des
notes chocolat et de lait, évoquant le cappuccino, on remarque aussi une présence
de chêne et de poivre. L'attaque est très dense et riche, la bouche est veloutée,
aux tannins fins et racés et soutenue par une fine acidité : c'est un vin d'un
superbe équilibre. Très bonne longueur.
(**** ½ ; mai/01 ; Fed)