LE TOP 10
de l'année 2000
En repensant à tous les vins que j'ai goûté au courant de l'année, je me rends compte qu'il y en a certains qui m'ont laissé un souvenir beaucoup plus précis que d'autres. J'en ai choisi dix, que je vous présente dans le lignes ci-bas. Aussi, en vous faisant part de mes meilleurs voeux pour ce temps des fêtes, je vous demande : quels ont été vos vins de l'année 2000? Vous pouvez m'envoyer votre liste en cliquant sur le lien suivant : mon top 10
À bientôt,
Fed.
Ribeira del Duero "Unico"
1986, Vega Sicilia
La robe rubis-pourpre est de très bonne saturation et encore plutôt jeune. Le nez est
très jeune, intense et complexe; il offre beurre, vanille et des notes de pâtisserie au
début; et évolue vers des notes de prunes fraîches très mûres, chêne toasté, mine
de plomb, épices et cacao. La bouche est colossale et ne montre même pas la moitié de
son âge; de grande densité, superbe concentration et d'une structure si imposante qu'il
faut parler d'architecture... et quelle architecture! Ce vin a des formes magiques, tout
est à la bonne place et rien ne dépasse; il est très fruité, mais sans aucune
lourdeur; très tannique, mais sans aucune astringence : les tannins sont fins et offrent
une sublime texture étoffée; il est très complexe et chargé en saveurs, mais jamais
fatiguant : les saveurs de prunes fraîches, chocolat et épices sont assez subtiles pour
qu'on en redemande toujours encore; il est de grande maturité, mais sa fraîcheur et son
équilibre sont impeccables. Et la longueur... il s'éternise en bouche, avec une
intensité qui semble jamais faiblir. Ce Unico '86 me fait penser à une version espagnole
des meilleurs millésimes de Mouton-Rothschild. Il donnerait facilement une leçon aux
plus grands vins californiens qui se vendent à des prix similaires. Il a une certaine
familiarité avec les meilleurs Pesquera Reserva, mais avec tellement plus de profondeur,
d'équilibre, de classe et de complexité. C'est un de ces vins qui, peut importe l'âge,
offrent toujours beaucoup de plaisir. Mais, pour le moment, je dirais qu'il ne lui faut
que le temps de digérer les notes d'élevage qu'il offre au nez pour atteindre la
perfection. AM : jusqu'en 2020
(**** ¾ - Fed > 09/01/2000).
Cabernet sauvignon "Martha's
Vineyard" 1977, Heitz Cellars
Un nez explosif de menthe, et je souligne explosif, avec quelques soupçons de chêne; le
tout prend une allure de thé à la menthe, légèrement iodé; parfois nuancé de
chocolat à la menthe (la menthe est un thème récurrent dans ce vin...). Il faut y
goûter pour vraiment comprendre combien fabuleux est ce vin : la bouche est dense et
parfaitement veloutée, elle possède encore beaucoup de chair et des tannins de grand
cabernet, elle est fraîche et mentholée, riche et sans aucun signe de fatigue, tissée
d'une matière très noble et parfaitement proportionnée. Le bois est encore présent,
mais il est parfaitement intégré à la personnalité du vin et cela se sent dans la
merveilleuse finale, d'une longueur vraiment remarquable, qui laisse en bouche, pendant
plus d'une minute, une fraîcheur parfumée de chêne similaire à celle qu'on a après
avoir mâché un cure-dent à la menthe. Un des vins les plus uniques et intéressants que
j'ai eu l'occasion de goûter de ma vie
(**** ½ - Fed > 31/3/2000).
La Tâche grand cru - monopole
1991, Domaine de la Romanée Conti
Si le Romanée Saint Vivant était difficile à décrire, La Tâche est carrément
énigmatique. Au début il semble suivre pas par pas l'évolution du RSV, mais à un
intervalle d'un quart d'heure. Mais ce qui est vraiment prodigieux de ce vin, c'est qu'il
résiste à l'oxydation avec un stoïcisme épique : même après plus d'une heure de
carafe, il semble ne jamais se fatiguer d'être dans le verre et, au lieu de s'affaisser,
il s'épanouit davantage et continue de se bonifier pendant plus de deux heures. Les notes
crayeuses du début, après avoir évolué vers un caractère floral très profond,
continuent de croître en intensité et développent un caractère de réglisse et cuir.
La bouche est d'un équilibre impeccable. Les tannins ici sont très bien intégrés et le
vin fait preuve de grande race et, bien sûr, d'une finesse sublime. Il n'est pas fruité
comme le Musigny, ou puissant comme le Chambertin, ou encore tannique comme le RSV
(quoique c'est avec ce dernier qu'il a le plus d'affinités); sa grande personnalité,
très distinguée, se manifeste au compte-gouttes, comme un professeur qui prend le temps
d'expliquer la leçon à ses élèves, très lentement. La finale est d'une grâce
radieuse; elle est éthérée et nuancée de fines notes d'agrumes. À en juger par sa
résistance dans le verre, ce vin a encore deux bonnes décennies devant lui pour
permettre aux communs mortels, comme nous, de comprendre ce dont il est fait
(**** ½ - Fed > 14/01/2000).
Musigny grand cru - cuvée vieilles
vignes 1996, Domaine du Comte de Vogüé
Rubis pourpre, bonne saturation. Le nez est littéralement une explosion de fruit mûr,
d'une intensité rarement vue dans un Bourgogne. Les notes de cerise noire, très, très
mûres, mais ô combien pures et élégantes, jaillissent pratiquement du verre. Le nez
reste primaire pendant un bon moment, puis des notes de caramel et de café s'ajoutent au
fruit. La bouche est ample, charnue, fruitée et très profonde; soutenue par une parfaite
acidité. La finale de cerise noire sûre persiste très longuement. On dirait un vin de
plaisir qui ne se refermera jamais, mais soyez patients! tous les ingrédients
nécessaires sont là pour que cette bombe de fruit devienne un Bourgogne
légendaire
(**** ½ - Fed > 14/01/2000).
St. Julien 1982, Château Talbot
Tout-à-fait captivant! Quel nez! Un parfait mélange de civet et de fruit, avec quelques
notes de petit gibier, de champignon sauvage, de violette, une touche de poivron et
beaucoup de douceur et de charme; très complexe et classique. L'attaque est très ample
et suave, on y trouve beaucoup plus de gras que le Lynch Bages et le Gruaud Larose; les
saveurs de tabac, cassis et poivron caractérisent sa bouche qui est savoureuse et
classique, riche et intense, vaporeuse et complexe. Sa finale est, comme on dit, en queue
de paon : le vin semble s'amplifier une fois avalé, il a une superbe longueur, nuancée
de notes complexes d'herbes rôties. Superbe vin, produit par un Château qui est trop
souvent sous-estimé.
(**** ½ - Fed > 12/05/2000).
Pauillac 1996, Château Pichon
Lalande
Rubis pourpre de très bonne saturation. Nez un peu végétal au début, on sent la forte
présence de cabernet sauvignon par les notes de poivron vert. Mais il se reprend après
seulement quelques minutes et nous sort toute sa classe : des notes de chêne, d'encre et
de cabernet très mûr, typiquement bordelais, épicé et raffiné, d'une distinction
sublime. On ne peut s'empêcher de regretter son caractère tellement médocain, alors
que, généralement, le vin de la Comtesse s'élève au dessus de toute classification;
avec ce '96 on ne peut se tromper : c'est du Pauillac. Toutefois, il faut accorder à ce
vin qu'il une personnalité magnifique et une phénoménale résistance à l'oxydation :
il évolue sans arrêt, en passant par des notes de caramel et, juste avant que je vide
mon verre, de merveilleuses notes de violette très raffinés, d'encre, coke et graphite.
La bouche a une texture superbe, avec une plénitude de chair simplement étonnante; il il
déborde d'un fruité enveloppé par souple couche de gras qui le rend très dodu. Il a un
très bel équilibre; il est ample, glycériné et dense, avec de beaux tannins épicés;
très concentré, aux saveurs de tabac et de cassis, et ensuite de réglisse; de bonne
longueur. Il offre déjà beaucoup de plaisir et sera probablement grandiose vers 2008.
Parmi les Bordeaux 1996 que j'ai dégusté, il se situe juste derrière Margaux et Latour
(**** ½ - Fed > 20/2/2000).
Chambertin "Clos de Bèze"
1996, Armand Rousseau
Plus d'une heure de carafe pour celui-ci et il
la mérite bien, même si le nez était magique de le début. Quand on l'a dans le verre
il se révèle dans toute sa splendeur et nous donne un bel aperçu de la magie d'un grand
Bourgogne : on en perd les mots tant qu'il est charmeur. Les notes olfactives offrent une
variété d'épices douces vraiment très large, avec un brin de cannelle, beaucoup de
fruit mûr, très pur, et un côté floral très délicat. C'est le dosage de toute cette
complexité qui fait la magie dans ce vin. La bouche est ronde, ample, avec beaucoup de
douceur et de finesse. Il semblerait parfaitement prêt à boire si ce n'était pour un
brin d'acidité qui anime la fin de bouche. C'est un très grand vin!
(**** ½ - Fed > 19.08.2000)
Champagne Brut "récemment
dégorgé" 1981 Bollinger
Robe dorée de très belle intensité. Superbe nez! très complexe,
aux notes de pâtisserie, de chocolatine, avec une pointe très subtile de rancio; il est
très mûr et subtilement citronné, évolue constamment et se dirige vers des notes de
pâtes d'amande en s'oxydant. La bouche est suave et extrêmement fine, presque veloutée,
intense et très persistante. Il est très vineux, long et de grande classe. Un GRAND
Champagne.
(**** ½ ; déc./00; Fed)
Ribeira del Duero "Unico"
1975, Vega Sicilia
Robe très chargée, rubis-grenat, un peu tuilée sur les bords. Nez très complexe et
captivant, stimulant et - pour je ne sais quelle raison - intellectuel; un peu volatile
par moments, mais très noble, avec des notes de sherry, chêne, réglisse, tabac et
caramel. La bouche est d'une richesse et d'une intensité fabuleuses, aux saveurs de
vanille et de noix de coco de superbe concentration; pleine, souple, ronde et de très
grande longueur. Un monument!
(**** ½ - Fed > 09/01/2000).
Champagne Brut "grande
année" 1990, Bollinger
Un grand Champagne. On dénote tout de suite au nez une forte présence de Pinot noir
par les notes mûres, un peu chocolatées, avec beaucoup de levure. Puissant et très fin,
complexe et long en bouche.
(**** ½ - Fed > 02/01/00).
Côte Rôtie "La Mouline" 1995, Guigal