LE TOP 10 DE 2002
La liste de mes meilleurs vins de l'année


Comme à chaque année, voici la liste des vins que j'ai dégusté au cours de l'année 2002 et qui ont suscité en moi ce même plaisir indescriptible que j'ai éprouvé la toute première que j'ai découvert le Vin avec un V majuscule : un plaisir fait d'étonnement et d'émerveillement.

En passant à travers les notes des vins que j'ai dégusté l'an dernier, les vins de cette liste ont réveillé en moi une étincelle de plaisir très particulière. Ce n'est pas une question de pointage, mais plutôt une question de plaisir. Ces bouteilles constituent quelques uns de mes plus beaux moments de l'année 2002.

 

 

#10 Brunello di Montalcino "la casa" 1988, Caparzo


Brunello di Montalcino "la casa" 1988, Caparzo
Rubis pourpre, de très bonne saturation. La robe encore très jeune est en parfait accord avec le nez qui possède encore un fond fruité très charmeur, nuancé de violette et de notes d’épices fines, subtilement mentholées. L’oxygénation lui apporte un caractère de cassonade qui le rend un peu plus caricatural, mais ça reste un vin très complexe et racé. La bouche possède une superbe structure, avec beaucoup d’ampleur et un fruit encore frais et vigoureux. C’est un vin de facture plutôt moderne, avec un velouté qui masque l’astringence omniprésente du sangiovese. Les tannins sont bien intégrés et le vin possède un équilibre impeccable qui devrait lui permettre d’atteindre l’âge vénérable de 20 ans assez aisément. AM : jusqu’en 2008.
(**** @ **** ½ - déc/02 – Fed)

Une mention particulière pour : 

Brunello di Montalcino “Vigna Spuntali” 1988, Val di Suga
J’avais peur de l’avoir attendu beaucoup trop longtemps, mais rien n’aurait pu être plus faux. Ce Brunello était tout simplement magnifique! Le nez débordait de vitalité et de fraîcheur, avec des notes de fruits noirs sauvages, des épices, de la réglisse et du cuir. La bouche était un peu chaude à l’attaque, laissant par moments l’impression d’un vieux porto, puis elle se faisait souple et d’une rondeur parfaite, avec encore quelques notes de chêne. Son seul défait étant un brin de fluidité en milieu de palais, que je lui pardonne volontiers car il l’a amplement compensé avec sa générosité d’ensemble. Finale de très bonne longueur. Ce vin est un autre parfait exemple de la facilité avec laquelle peuvent vieillir les vins toscans (surtout le Brunello) quand ils sont bien faits.
(**** @ **** ½ - oct./02 – Fed)

Brunello di Montalcino Riserva “Il Quercione” 1995, Campogiovanni – San Felice
Rubis pourpre, très bonne saturation. Nez de moyenne intensité mais complexe et très subtil, composé de notes de cerise noire, fruits sûrs, chêne, des nuances florales et épicées. La bouche est puissante et plutôt tannique, mais équilibrée et dotée d’un bon fruit. C’est un vin structuré, aux dimensions imposantes mais réussies, avec une belle texture en milieu de palais. Très bonne longueur. On peut l’apprécier maintenant (il était magnifique sur le magret de canard) mais ce sera un grand vin de garde. AM : 2007 à 2015.
(**** @ **** ½ - nov./02 – Fed)

 

#9 Châteauneuf du Pape 1990, Château Rayas


Châteauneuf du Pape 1990, Château Rayas
Rayas est une sorte de mythe, un vin qui manquait à mon carnet de dégustation et que j’ai dégusté avec un sentiment de privilège. Puis, au fur et à mesure que je faisais connaissance avec le vin, j’en oubliais l’étiquette et mon expérience devenait un réel plaisir. Car ce Rayas était un vrai vin de plaisir. Son superbe nez de cerise confite, encore très jeune malgré le vin soit issu entièrement de grenache (un cépage qui s’oxyde rapidement, ailleurs qu’à Rayas). La bouche est tout en velours et en rondeur; de grande élégance, avec un fruité encore très jeune qui laisse place à des saveurs de réglisse et de figue qui persistent longuement dans une fin de bouche très vaporeuse et chaude. Excellente longueur. J’ai beaucoup aimé ce vin, même son caractère passablement capiteux, sa façon de réchauffer la gorge à la manière d’un bon cognac une fois qu’on l’a avalé. C’est vraiment beau quand un vin se confirme à la hauteur de son mythe.
(**** ½ - mars/02 – Fed)

Une mention particulière pour le :

Châteauneuf du Pape 1990, Château de Beaucastel
Seuls ceux qui savent combien il est difficile de trouver un vin du Rhône méridional avec autant de grain et autant de tenue peuvent apprécier la grandeur de ce vin. Absolument majestueux dans la finesse de son étoffe, ce Beaucastel est presque aristocratique malgré le caractère définitivement animal de son bouquet, très complexe, marqué par des notes d’herbes, de cèdre et d’anis. Vraiment très beau. L’attaque est encore d’une très bonne densité, malgré le vin approche les douze ans. La texture de ce vin, son grain fin et serré, son soyeux, offre au palais un plaisir tactile qui, comme je disais, est très difficilement retrouvable dans les autres vins de cette région. On dirait un Pauillac plutôt qu’un Châteauneuf. Une autre bouteille qui confirme combien ce Château soit au sommet de son appellation et en même temps combien il soit tout à fait distinct des autres vins de l’appellation en termes de caractère. Magnifique.
(**** ½ - mars/02 – Fed)

 

#8 Corton-Charlemagne 1991, Louis Jadot


Corton-Charlemagne 1991, Louis Jadot
La robe dorée est un magnifique prélude pour la richesse vraiment étonnante de ce vin. Le nez est réticent mais plutôt complexe, offrant des notes subtiles de cire d’abeille, de miel, d’amandes et de chêne. La bouche est, comme je le disais plutôt, d’une richesse qui ne pourrait avoir de pair que dans un Montrachet. Le vin est d’une onctuosité difficilement descriptible (il est carrément huileux par moments), la concentration des saveurs va de pair avec la richesse du vin, la pomme mûre, le chêne et la vanille dominent le milieu de bouche et introduisent une finale intense et très longue, dans laquelle on perçoit aussi la fine amertume du chêne et de jolies notes de zest d’agrumes. C’est un vin monumental, qui semble posséder tout ce qu’il faut pour évoluer pendant encore cinq bonnes années.
(**** ½ - déc./02 Fed)


Une mention particulière pour le : 

Meursault "Genevrières" 1994, Comte Lafon
Sublime! Complexe et exubérant, le nez offre des notes de pomme verte, d’épice et de chêne vanillé. La bouche est élégante et très souple, avec une acidité nerveuse qui offre un joli contraste avec le moelleux du fruit et la douceur vanillée du chêne. C’est un ensemble fort réussi, qui possède concentration et longueur à souhait. Facilement du même niveau qu’un grand cru! Exceptionnel! AM : jusqu’en 2009.
(**** ½ - août/02 – Fed)


#7 Champagne "le mesnil" blanc de blancs 1985, Salon


Champagne "le mesnil" blanc de blancs 1985, Salon
Absolument sublime! Le nez est très évolué, mûr et complexe, avec des notes d'oxydation qui rappellent les Bollinger R.D., mais avec l'élégance d'un blanc de blancs. L'attaque est marquée par une saine acidité qui est accompagnée par des notes d'agrumes étonnamment précises. Il est d'un équilibre magnifique et surprend par sa grande fraîcheur en bouche malgré son âge et les notes oxydées de son bouquet. C'est vraiment un très grand champagne.
(**** ½ - jan./02 – Fed)

 

#6 Howell Mountain Cabernet sauvignon 1990, Dunn


Howell Mountain Cabernet sauvignon 1990, Dunn
C’est un privilège que d’avoir eu la chance de goûter ce Cabernet californien fort rare et recherché. On m’avait averti de bien m’attacher car il a la réputation d’être une brute. Le nez offre des notes de cassis, de cuir, de chêne rôti et de goudron qui sont par moments un peu mentholées et iodées. La bouche est très puissante et d’une jeunesse vraiment épatante. On ne pourrait lui donner beaucoup plus que quatre ou cinq ans. En effet, on dirait beaucoup plus un ’97 qu’un ’90. Vigoureux, plein et très tannique. Les tannins sont fermes, puissants, mais en même temps très fins et bien équilibrés par la texture fruitée et fraîche du vin. Aussi, le vin ne manifeste aucun signe de surmaturité, ni au nez, ni en bouche. Pas de notes de confiture, pas de saveurs de fruits macérées. Le résultat est un vin fort puissant, certes, mais qui n’est jamais lourd ou redondant. Sa jeunesse me porte à croire qu’il lui faudra encore près d’une dizaine d’années pour atteindre son plateau de maturité et qu’il pourra vivre encore très longtemps par la suite. Remarquable.
(**** ½ - sept./02 – Fed)

 

#5 Pomerol 1993, Petrus


Pomerol 1993, Petrus
Robe pourpre de bonne saturation. Le nez est très complexe, avec des notes d’herbes, de menthol, du cuir, du cassis et un résidu de chêne qui s’intègre très bien à tout ça. La maturité et la profondeur du nez laissent penser à quelque chose d’autre qu’un Pomerol. En fait, avant qu’on me dévoile l’identité du vin, j’étais convaincu que ce soit un cabernet californien haut de gamme. La bouche est très serrée et possède des tannins encore très puissants, qui ont quelque chose de granuleux, poussiéreux par moments, mais qui donnent au vin une texture magnifique. C’est vraiment de l’étoffe, plus que de la dentelle. La finale est de très bonne longueur et continue sur cette lignée vigoureuse que le vin trace dès son entrée en bouche. Il est encore étonnamment jeune et cinq ans ne seront pas de trop pour lui permettre de gagner un peu de souplesse. Vraiment une très grande réussite, surtout pour un ’93.
AM : 2007 @ 2013+
(**** ½ - sept./02 – Fed)

 

#4 La Tâche 1993, Domaine de la Romanée Conti


La Tâche 1993, Domaine de la Romanée Conti
Rubis, très bonne saturation. Il se démarque de tous les autres millésimes par l’intensité et la maturité de son nez, fruité et charmeur, aux notes de fruit noir et de chêne toasté, de caramel, le tout étant d’un grande profondeur et encore très frais et jeune. La bouche est de grande ampleur. Riche et velouté, profond, de grande concentration, avec des réserves de chair et de fruit qui semblent inépuisables. Les tannins sont capables d’être à la fois fermes et caressants, soyeux, ils sont enrobés par la chair généreuse du vin. Ce vin est sans doute capable de vieillir encore quelques décennies, mais il est aussi déjà d’un charme fou. 
(**** ½ @ ***** - nov./02 – Fed)

Une mention particulière pour le :

La Tâche 1995, Domaine de la Romanée Conti
Rubis, bonne saturation. Nez puissant, marqué par un caractère rôti et des notes de fumier. Il évolue vers des notes d’épices très subtiles, aux nuances de réglisse pure. Vraiment très intéressant. Les tannins sont un peu plus mordants, mais d’une finesse exemplaire. Beau fruit, fin, subtil, toujours présent. C’est un vin structuré et en même d’une élégance suprême. Très long. Vraiment très impressionnant.
(**** ½ - nov./02 – Fed)

 

#3 Pauillac 1989, Château Mouton Rothschild


Pauillac 1989, Château Mouton Rothschild
Je passe rapidement sur la robe pourpre-grenat de très bonne saturation et puis, je plonge le nez dans ce bouquet qui est (soupir…) le chant d’une sirène. Quelle douceur, quelle délicatesse. Plus d’une heure à me pencher sur la question mais je n’ai pas été en mesure de comprendre ou d’identifier la nature des arômes qui composent ce mélange si souple et caressant. Par contre, j’ai pu me rendre compte de la résistance impressionnante de ce vin à l’oxydation. Le nez possède, entre autres, des notes de torréfaction, cassis et violette. Puis, après plus d’une heure dans le verre, s’est manifestée la signature de tout Mouton qui soit digne de ce nom : les notes de mine de plomb. La bouche est ample et charnue dès l’attaque. Belle chair, veloutée, longiligne, traversée par de beaux tannins épicés, cuirés, encore fermes. La finale est réglissée et de très bonne longueur. Grande bouteille! À posteriori, une fois libéré du pouvoir hypnotisant de ce Mouton ’89, j’ai me suis demandé s’il était pertinent qu’un premier cru classé d’un millésime si important soit déjà aussi à point. Mais c’est vraiment un tout petit point d’interrogation. Ce vin vous donnera certainement d’immenses plaisirs pendant encore une bonne décennie, si vous êtes assez chanceux pour en posséder.
(**** ½ - mai/02 – Fed)

Une mention particulière pour :

Pauillac 1994, Château Lafite Rothschild
Un Lafite très particulier, composé uniquement de Cabernet.
Rubis, de très bonne saturation. Racé, distinct, aérien… Lafite! Il n’épate pas, il n’agresse pas, il se laisse chercher un peu, mais pas très longtemps. Il offre des fruits noirs sauvages, des notes de cèdre fumées, nuancées de pomme verte, un caractère vraiment séduisant, mais jamais racoleur. Finement mentholé, d’une élégance rare, ce vin doit être l’expression la plus pure de cabernet sauvignon européen que j’ai dégusté de ma vie. La bouche est de corps moyen, très fine, avec un fruit profondément ancré dans le noyau du vin, des saveurs de cassis de grande pureté, un tannin parfaitement poli et un soyeux délicat qui permet déjà d’apprécier le vin. C’est la grande classe! Ce vin est un argument irréfutable contre tous ceux qui disent qu’à Bordeaux on doit se replier sur l’assemblage de plusieurs variétés pour produire des vins complexes. Tout comme le Latour du même millésime, ce Lafite est déjà très joli. AM : jusqu’en 2014.
(**** ½ - nov./02 – Fed)

Margaux 1983, Château Palmer
Décanté deux heures à l’avance lui aussi, il n’arrête pas d’évoluer dans le verre en étalant une véritable queue de paon. Très subtil et complexe, aux notes d’épices, d’anis et d’herbes aromatiques, après une heure dans le verre il offrira de merveilleuses notes de basilique et de romarin, parfaitement intégrés au caractère épicé et aromatique du vin. La bouche est pleine et voluptueuse, assise sur une structure parfaite, avec des tannins soyeux qui donnent au vin un grain très stimulant. Le fruité est encore vif et juteux et anticipe un finale d’excellente longueur. C’est un monument! 
(**** ½ @ ***** - nov./02 – Fed)

 

 

#2 Champagne Brut Vintage 1988, Krug


Champagne Brut Vintage 1988, Krug
Sublime! La robe est dorée et riche. Le nez est intense et complexe, aussi élégant que puissant et débordant de caractère et de vitalité; minéral, floral, doux, évoluant sans arrêt, avec des nuances d’iode, puis une touche de menthe. La bouche est nerveuse, encore très jeune malgré ses 14 ans. Il pourra se garder encore de 10 à 20 ans, peut-être même trente. Une merveille.
(**** ½ @ ***** - nov./02 – Fed)

Une mention particulière pour le :

Champagne R.D. 1988, Bollinger
Le haut de gamme de Bollinger (si on exclut le Vieilles Vignes Françaises) est, comme d’habitude, un des meilleurs champagnes en circulation. Complexe, mûr, ce 1988 possède néanmoins plus de fraîcheur et de vitalité que le dernier millésime commercialisé (le ’85) et laisse clairement l’impression de pouvoir évoluer encore pendant bien des années. Les notes de figue et de brioche sont cristallines et possèdent une intensité olfactive étonnante. La bouche est portée par une acidité très saine et des bulles fines, plus présentes que dans les millésimes ’85 et ’81. Excellente concentration des saveurs, qui sont cohérentes avec le nez, offrant à peine une nuance de chocolat en plus. Très bonne longueur. J’ai beaucoup aimé les dimensions de ce vin en bouche, son ampleur, mais surtout son élégance et la finesse de ses multiples facettes… c’était un vrai diamant! Âgé de 14 ans, il commence à être prêt mais pourra se garder jusqu’en 2008, minimum!
(**** ½ - oct./02 – Fed)

 

 

LE VIN DE L'ANNÉE :

#1 La Tâche 1990, Domaine de la Romanée Conti


La Tâche 1990, Domaine de la Romanée Conti
Tout comme pour le ’91, M. de Villaine a insisté pour que la Tâche ’90 ne soit pas décantée. Ainsi, j’ai eu droit à un joli tas de matière solide dans le fond de mon verre, qui se remettait en circulation à toutes les fois que j’essayait de goûter le vin. Ce ’90 est parfumé à souhait : la rose, la réglisse, le fruit rouge, le café… c’est très beau! L’ampleur en bouche est remarquable, une structure et un volume étonnants. Il est riche mais, toutefois, un peu comme Yquem, cette richesse est offerte dans un paquet d’une élégance rare, qu’il est difficile de communiquer. Alors qu’il pourrait foncer comme un train, il se promène sur les papilles comme une ballerine en pointe des pieds. Il est suave. Impossible d’en saisir toute la complexité… c’est ça la magie du grand Bourgogne. C’est déjà la séduction en personne, mais il laisse l’impression de pouvoir défier l’éternité.
Bravo!
(***** - nov./02 – Fed)

 


 


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Federico