MONTRÉAL PASSION VIN
Hôtel Sheraton de Montréal
8 et 9 novembre 2002

 

Deux jours de grandes dégustations, animées par François Chartier et les producteurs des vins qui y étaient servis. Un événement sérieux, des vins sérieux, et tout pour une bonne cause : la Fondation de l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont. L'organisation irréprochable de cet événement, les vins de grand prestige qui étaient au programme, ainsi que le fins de charité, justifiaient amplement le prix exorbitant de ce marathon vinicole. À la fin, tout le monde est sorti souriant et gagnant.

Je n'ai malheureusement pu me libérer pour toutes les dégustations, mais j'ai quand même travaillé fort pour être à la hauteur du privilège qui m'avait été accordé de pouvoir participer à un telle manifestation. Ce n'est pas à tous les jours qu'on peut commencer la journée en goûtant de La Grande Dame de Clicquot et du Krug vintage, et la terminer avec une verticale de 6 millésimes de La Tâche.

Avant de vous parler des vins, j'ajouterais une chose. J'ai le plus grand respect pour François Chartier, dont les connaissances en matière de vin et des arts culinaires ne font aucun doute. C'est un sommelier exceptionnel, ainsi qu'une personne très courtoise et sympathique, et j'ai beaucoup apprécié ses déscriptions des vins. Mais, étais-ce vraiment nécessaire de suggérer une récette pour chacun d'eux? Ai-je vraiment besoin de savoir que mon Krug 1988 pourrait se marier avec un filet de chevreuil enrobé de foie gras, dans un réduction de vin blanc? Ne pourrais-je pas tout simplement apprécier mon vin pour ce qu'il est : un magnifique Champagne? 

Je ne comprends pas pourquoi est-ce qu'il y a tant de gens qui voient une qualité, voire un art, dans l'imagination de ceux qui osent proposer les choses les plus impensables pour marier mets et vins. Imaginons que ce fameux filet de chevreuil enrobé de foie gras dans une réduction de vin blanc soit effectivement un mariage réussi avec le Krug '88, n'y aurait-il pas trop d'information devant nous? Que feriez-vous devant autant de délices? À part l'embarras évident dans lequel je serais dans une telle situation, je crois qu'en fin de comptes deux choses aussi complexes finissent par se nuire. Car, finalement, nous ne sommes que de pauvres humains et il y a une limite à la quantité d'information que nous pouvons enregistrer à la fois. 

 

LES DÉGUSTATIONS

Vendredi, 8 novembre 2002

Samedi, 9 novembre 2002

 


 

VENDREDI 8 NOVEMBRE
11h00 à 12h15
GRANDS CHAMPAGNES
Veuve Clicquot et Krug


Servis en deux volets. La Grande Dame a précédé les champagnes de Krug, dont le vintage '88 était si exceptionnel, qu'il a oblitéré le pauvre rosé qui le suivait et, du coup, a effacé de ma mémoire le très bon Grande Cuvée qui le précédait.

 

Champagne Brut "Grande Dame" 1995, Veuve Clicquot
Mûr, brioché, vanillé, très charmeur, avec un côté floral très élégant. La bouche est nerveuse, dotées d’une saine acidité (elle disparait en comparaison avec celle du ’90); bulle fines, mousse persistante, c’est vraiment très bien fait et déjà agréable. 
(**** - nov./02 – Fed)

Champagne Brut "Grande Dame" 1993, Veuve Clicquot
Très beau nez, marqué par des notes de levure qui évoquent la croûte de pain dorée, avec des nuances de réglisse. Mûr et complexe. L’attaque est ample, la bouche savoureuse et de bonne concentration. C’est une superbe réussite, surtout en considération du millésime.
(**** @ **** ½ - nov./02 – Fed)

Champagne Brut "Grande Dame" 1990, Veuve Clicquot
Servie en magnum, il est encore très jeune et réticent, d’une sublime élégance, finement minéral, avec des nuances de pomme verte. Il évoluera merveilleusement bien dans le verre. La bouche est structurée, nerveuse, avec un potentiel; de vieillissement encore remarquable. Très élégant et de bonne longueur. À attendre encore 5 à 10 ans.
(**** ½ - nov./02 – Fed)

 

Champagne Brut Vintage 1988, Krug
Sublime! La robe est dorée et riche. Le nez est intense et complexe, aussi élégant que puissant et débordant de caractère et de vitalité; minéral, floral, doux, évoluant sans arrêt, avec des nuances d’iode, puis une touche de menthe. La bouche est nerveuse, encore très jeune malgré ses 14 ans. Il pourra se garder encore de 10 à 20 ans, peut-être même trente. Une merveille.
(**** ½ @ ***** - nov./02 – Fed)


 


     

VENDREDI 8 NOVEMBRE
18h30 à 19h30
GRANDE VERTICALE DE LA TÂCHE
avec M. Aubert de Villaine, du Domaine de la Romanée Conti


1er volet 

La Tâche 1997, Domaine de la Romanée Conti
Grenat, moyenne saturation. Nez parfumé, avec des notes de fruit acidulé, subtilement crayeux et herbacé. Il évolue vers le tabac blond, avec des épices et de la rose fanée. Plutôt complexe mais alcooleux et léger. La bouche est de corps moyen, très élégante et velouté, avec une légère amertume en milieu de palais, des tannins extra fins et une finale chaude te de bonne longueur. Charmeur, quoiqu’un peu léger, son évolution me laisse toutefois perplexe. Il semble déjà raconter tous ce qu’il a à dire dès maintenant. Que lui restera-t-il à dire dans 10 ans?  
(**** - nov./02 – Fed)

La Tâche 1996, Domaine de la Romanée Conti
Grenat, bonne saturation. Très fin, avec un caractère éthéré, un peu animal, avec des traces herbacées, le fruit noir acidulé se mélange au chêne d’une belle façon. Il devient charmeur, subtil et doux, un peu floral, avec un degré de complexité acceptable. Belle intensité à l’attaque et en milieu de bouche; il est plein et de bonne concentration, mais toujours très subtil. Bouche d’un équilibre presque parfait, aux tannins superfins et finale de bonne longueur. Il possède tout, sauf la magie…
(**** @ **** ½ - nov./02 – Fed)

La Tâche 1995, Domaine de la Romanée Conti
Rubis, bonne saturation. Nez puissant, marqué par un caractère rôti et des notes de fumier. Il évolue vers des notes d’épices très subtiles, aux nuances de réglisse pure. Vraiment très intéressant. Les tannins sont un peu plus mordants, mais d’une finesse exemplaire. Beau fruit, fin, subtil, toujours présent. C’est un vin structuré et en même d’une élégance suprême. Très long. Vraiment très impressionnant.
(**** ½ - nov./02 – Fed)

2e volet

La Tâche 1993, Domaine de la Romanée Conti
Rubis, très bonne saturation. Il se démarque de tous les autres millésimes par l’intensité et la maturité de son nez, fruité et charmeur, aux notes de fruit noir et de chêne toasté, de caramel, le tout étant d’un grande profondeur et encore très frais et jeune. La bouche est de grande ampleur. Riche et velouté, profond, de grande concentration, avec des réserves de chair et de fruit qui semblent inépuisables. Les tannins sont capables d’être à la fois fermes et caressants, soyeux, ils sont enrobés par la chair généreuse du vin. Ce vin est sans doute capable de vieillir encore quelques décennies, mais il est aussi déjà d’un charme fou. 
(**** ½ @ ***** - nov./02 – Fed)

La Tâche 1991, Domaine de la Romanée Conti
C’est ma troisième rencontre avec ce vin et il s’est toujours montré discret, réservé. Il est très différent des autres millésimes de La Tâche, complexe mais timide, on a toujours l’impression de le déranger dans son repos, d’être passés à un mauvais moment. Le cèdre, la rose séchée, la terre fraîchement enduite d’engrais, la réglisse, il est vraiment complexe, mais il est loin de se donner avec autant de facilité que le ‘93. La bouche est de bonne ampleur, très équilibrée, au fruité profond et juteux. Les tannins sont très fins, la chair souple. Il est long. C’est un vin très distingué, dont Aubert de Villaine dit être très fier. Je le comprends. 
(**** ½ - nov./02 – Fed)

La Tâche 1990, Domaine de la Romanée Conti
Tout comme pour le ’91, M. de Villaine a insisté pour que la Tâche ’90 ne soit pas décantée. Ainsi, j’ai eu droit à un joli tas de matière solide dans le fond de mon verre, qui se remettait en circulation à toutes les fois que j’essayait de goûter le vin. Ce ’90 est parfumé à souhait : la rose, la réglisse, le fruit rouge, le café… c’est très beau! L’ampleur en bouche est remarquable, une structure et un volume étonnants. Il est riche mais, toutefois, un peu comme Yquem, cette richesse est offerte dans un paquet d’une élégance rare, qu’il est difficile de communiquer. Alors qu’il pourrait foncer comme un train, il se promène sur les papilles comme une ballerine en pointe des pieds. Il est suave. Impossible d’en saisir toute la complexité… c’est ça la magie du grand Bourgogne. C’est déjà la séduction en personne, mais il laisse l’impression de pouvoir défier l’éternité. Bravo!
(***** - nov./02 – Fed)

Mode d'emploi pour ce vin : ouvrir et prévoir une bonne demi journée pour en découvrir toutes les facettes. Malheureusement, je n'ai eu qu'une petite demi-heure... surtout ne pas prendre de rendez-vous cette journée là et ne pas le comparer à quoi que ce soit d'autre.

 


 

SAMEDI 9 NOVEMBRE
14h30 à 16h00
GRANDS BORDEAUX
Palmer et Lafite

 


1er volet 

Margaux 1996, Château Palmer
Rubis pourpre, bonne saturation. Nez chocolaté, avec des notes de chêne, des traces végétales; il demeure plutôt élégant et, quoiqu’il ait été décanté deux heures à l’avance, il prend un certain temps avant de s’habituer aux parois du verre et de prendre un élan plus marqué, suite à quoi il offre des notes très séduisantes de mine de plomb et de violette, avec des nuances de cuir. Très raffiné. La bouche est plutôt droite, fermée, aux tannins très fins. Belle structure, élégante, mais peu de complexité pour le moment. Ça viendra, sans doute. AM : 2005 @ 2016.
(**** - nov./02 – Fed)

Margaux 1990, Château Palmer
Rubis grenat, moyenne saturation. Marqué par des notes de champignon et de prunes, de cèdre, puis de réglisse et de tabac, de caramel et encore des prunes, il semble plutôt évolué pour un ’90. La bouche est de corps moyen, évoluée, avec un milieu de palais souple et fluide, des saveurs de champignon et des tannins encore un peu mordants. Il manque un peu de fraîcheur et de vigueur pour un ’90, ce qui est un peu inquiétant.
(*** ½ @ **** - nov./02 – Fed)

Margaux 1983, Château Palmer
Décanté deux heures à l’avance lui aussi, il n’arrête pas d’évoluer dans le verre en étalant une véritable queue de paon. Très subtil et complexe, aux notes d’épices, d’anis et d’herbes aromatiques, après une heure dans le verre il offrira de merveilleuses notes de basilique et de romarin, parfaitement intégrés au caractère épicé et aromatique du vin. La bouche est pleine et voluptueuse, assise sur une structure parfaite, avec des tannins soyeux qui donnent au vin un grain très stimulant. Le fruité est encore vif et juteux et anticipe un finale d’excellente longueur. C’est un monument! 
(**** ½ @ ***** - nov./02 – Fed)


2e volet 

Pauillac 1994, Château Lafite Rothschild
Un Lafite très particulier, composé uniquement de Cabernet. Rubis, de très bonne saturation. Racé, distinct, aérien… Lafite! Il n’épate pas, il n’agresse pas, il se laisse chercher un peu, mais pas très longtemps. Il offre des fruits noirs sauvages, des notes de cèdre fumées, nuancées de pomme verte, un caractère vraiment séduisant, mais jamais racoleur. Finement mentholé, d’une élégance rare, ce vin doit être l’expression la plus pure de cabernet sauvignon européen que j’ai dégusté de ma vie. La bouche est de corps moyen, très fine, avec un fruit profondément ancré dans le noyau du vin, des saveurs de cassis de grande pureté, un tannin parfaitement poli et un soyeux délicat qui permet déjà d’apprécier le vin. C’est la grande classe! Ce vin est un argument irréfutable contre tous ceux qui disent qu’à Bordeaux on doit se replier sur l’assemblage de plusieurs variétés pour produire des vins complexes. Tout comme le Latour du même millésime, ce Lafite est déjà très joli. AM : jusqu’en 2014.
(**** ½ - nov./02 – Fed)

Pauillac 1986, Château Lafite Rothschild
Rubis-grenat, excellente saturation. Tout le contraire du ’94, ce vin est très puissant, mâle et troublant. On a l’impression de faire face à un taureau et on espère qu’il ne se déchaîne pas. Les notes de prune, tabac, réglisse, menthe et d’humus composent un bouquet complexe, mais sévère. La bouche est encore plus puissante que le nez laisse imaginer : des tannins monstrueux, aiguisés comme des lames de rasoir, frappant le palais comme une hache de guerre, mais quand même fins. Ce vin requiert encore dix à quinze ans de patience, minimum.   
(**** ½ - nov./02 – Fed)

Pauillac 1978, Château Lafite Rothschild
Grenat, de moyenne saturation. Le nez est plutôt ouvert et expressif, mais végétal, aux notes de poivron vert mûr et de champignon. La bouche est de corps moyen, veloutée à l’attaque, avec des saveurs de prunes et de tabac de Havane, Bonne concentration des saveurs, des tannins un peu asséchants et une finale subtile sur des notes de réglisse. 
(*** ½ @ **** - nov./02 – Fed)

 


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Federico