LE BANDOL

 

Le vignoble du Bandol, un des plus anciens de France, occupe une superficie d'environ 1000 hectares. Blottie entre le massif de la Sainte-Baume et les rivages de la Méditerranée, sa zone de production se caractérise par des kilomètres de "restanques" (des banquettes de terre soutenues par des murets de pierre) qui montent vers les coteaux. Orienté plein sud, le vignoble bénéficie d'un ensoleillement idéal. La mer à ses pieds lui épargne les écarts de température et, sur les hauteurs, les collines plantées de pinèdes et de chênaies font office de paravent. Le climat, le site, les sols mais aussi et surtout un encépagement particulier contribuent à faire du Bandol un vin original et noble.

 

 

Histoire

Au début du siècle l'aramon et l'alicante, cépages produisant des "vins de soif" ou de "coupage," composaient largement les vins du Var et ont contribué à leur "mauvaise" réputation. Et pourtant, le vignoble de Provence (de Marseille à Saint Raphaël) a toujours été réputé pour la qualité de ses vins, depuis l'antiquité jusqu'à l'invasion du vignoble par le Phylloxéra, au milieu du 19e siècle. Le mourvèdre, cépage difficile et capricieux, trouve sa terre d'élection dans les "restanques" qui se hissent sur les coteaux entourant l'actuelle ville de Bandol, Traditionnellement, le Vin de Bandol, s'exporte par les mers et se bonifie en voyageant. Dans le Comte de Monté-cristo, c'est le grand vin qu'on embarque sur les navires. Mais quelques années après la publication de cette grande oeuvre romanesque le Phylloxéra s'abat sur le vignoble du midi et, en une vingtaine d'années, ravage le vignoble de Bandol. La culture de la vigne régresse très fortement. Le mourvèdre vient délaissé pour des cépages plus faciles et plus productifs tels l'aramon (cépage venu des États Unis, dont l'expansion sera phénoménale dans le quart sud-est du vignoble français) et le carignan, les cépages teinturiers (alicante, jaquez) ou encore les cépages alcooligènes (calitor, pécoui, touar, tibouren).

 

Il faudra pratiquement un siècle avant que le vignoble de Provence remonte la pente et retrouve sa réputation, grâce au courage et à la détermination d'une poignée de vignerons qui feront le pari de la qualité et seront à l'origine, dès 1941, de l'obtention de l'Appellation Bandol Contrôlée, seule appellation contrôlée du Var pendant plusieurs décennies.

 

 

L'appellation

Le décret qui a créé l'appellation en 1941 a été modifié en 1989 et en 1992. Le document de 1941 délimitait l'aire de production à six communes Bandol, Sanary, La Cadière d'azur, Le Castellet, et certains lieux dits des communes d'Ollioulles, Evenos et Saint Cyr sur mer. D'autres articles saillants de ce document étaient la limitation drastique des rendements à 40 hectolitres à l'hectare et l'interdiction à toute opération d'enrichissement ou de concentration, même pratiquée dans la limite des prescriptions légales en vigueur, sous peine de perte au droit de porter l'appellation.

 

Le décret indiquait aussi la voie à suivre au niveau des cépages : certains cépages principaux (mourvèdre, cinsault, grenache et carignan) sont retenus, ainsi que des cépages d'appoint, dont la syrah, qui ne devront pas dépasser 40% de l'encépagement.

 

Mais c'est les décrets successifs qui iront plus loin dans la voie de la recherche de la typicité et de la qualité. Le tibouren et le calitor sont éliminés de l'appellation à partir de la récolte 1992. Le Carignan devient cépage secondaire avec la Syrah; chacun des deux ne peut dépasser 10% de l'encépagement individuellement et le 15% collectivement. Enfin, le Mourvèdre doit représenter au minimum 50% de l'encépagement et les producteurs sont contraints à l'utilisation d'au moins deux des trois cépages principaux (mourvèdre, grenache et cinsault).

L'utilisation des machines à vendanger ou tout autre moyen ne permettant pas de transporter les grappes de raisin entières jusqu'au lieu de vinification est interdit. La possibilité de dépassement des rendements maximaux (qui était fixée à un maximum de 20% de surplus pour les années exceptionnelles) est non seulement annulée, mais il est précisé que le rendement de 40hl à l'hectare ne peut être que modifié en diminution.

 

Pour les rouges, le bénéfice de l'appellation ne peut être accordé qu'à partir de la septième année suivant celle au cours de laquelle la plantation a été réalisée en place avant le 31 août. Aussi, les vins rouges devront subir un vieillissement d'au moins 18 mois en fût. Ces deux derniers points signifient qu'il faut attendre pratiquement 10 ans pour mettre sur le marché le produit d'une nouvelle vigne de bandol rouge. Ces conditions draconiennes de production expliquent largement l'évolution du style et de l'économie du Bandol ces dix dernières années.

 

 

Le Mourvèdre

C'est le mourvèdre qui donne au Bandol sa fermeté, son caractère et sa longévité. Et les tenants de l'appellation ne sont pas peu fiers d'avoir réussi à introduire et à acclimater un plant qui partout ailleurs possède la réputation d'être d'une maturation lente et capricieuse. Ils affirment d'ailleurs que le mourvèdre est au bandol ce que le cabernet-sauvignon est au médoc : "un signe extérieur de noblesse".

 

On retrouve des traces de mourvèdre à Bandol depuis la nuit des temps. L'origine du cépage reste néanmoins incertaine. La littérature sur la question le présente comme étant probablement d'origine Espagnole (Murviedro), de la région de Valence. Les cépages "mataro" (en catalogne) et "monastrell" espagnol est souvent considéré comme la dénomination hispanique du mourvèdre. Pourtant la thèse de familiarité entre monastrell et mourvèdre a été démentie par les études d'ADN menées par l'Université DAVIS de Californie en collaboration avec le conservatoire des cépages de l'INRA de Montpellier. Une autre thèse, développée par une grande figure de l'appellation, Raymond Constant, voudrait que le mourvèdre ait été introduit en Provence par les Phéniciens, trois siècles avant Jésus-Christ.

 

Le mourvèdre, qui doit entrer à raison d'au moins 50% des vins rouges de Bandol, est un cépage difficile, qui mûrit tardivement et qui est sensible aux maladies de la vigne. Par contre, il supporte bien les sols très pauvres et les sécheresses estivales. Sur le site de Bandol, il rencontre le terroir et le climat idéaux qui lui permettent d'éviter au maximum les maladies et d'atteindre la maturité optimale en fin de fin de saison. Le mourvèdre donne des vins assez alcooliques et colorés, rudes - voire ingrats - dans leur jeunesse, mais dotés d'une très grande aptitude au vieillissement. L'assemblage avec les autres cépages méridionaux autorisés par le décret d'appellation permet d'obtenir des vins plus souples et abordables dans leur jeunesse.


 

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en rosé

 

Bandol rosé 2005, Château Vannières

Ce rosé est un vin de saignée composé en part égales de mourvèdre et de cinsault. Il se présente sous une belle robe saumonée et offre un joli nez aux notes fumées et légèrement vanillées qui pourraient gagner en complexité avec une courte garde. La bouche est de corps moyen, avec une amertume prononcée en milieu de palais qui se transforme en une finale réglissée longue et savoureuse.

(*** @ *** ½ - nov./06 - Fed)  

 

en rouge

 

Les 2003

 

Bandol 2003, Château Vannières (SAQ 855 189 – 37,00$)

Rubis, bonne saturation, reflets grenat. Le nez est chaud, terreux, plutôt unidimensionnel, évoluant lentement vers des notes de tabac blond et de fruits secs. La bouche est sèche, épicée, marquée par des tannins astringents, plutôt secs, avec une aridité de fruit qui ne se sauve que dans la finale réglissée, épicée, dans laquelle paraissent des nuances de prune et de fruits secs.

(*** - nov./06 - Fed)

 

Bandol 2003, Domaine de la Vivonne (SAQ 914 077 – 26,45$)

Rubis-grenat, très bonne saturation. Nez au caractère fort, marqué par des notes résineuses, brûlées, d'écorce et de sous-bois, avec des relents animaux, de transpiration, ainsi que du caoutchouc. Bouche assez dense et plutôt sauvage, de bonne intensité, avec des saveurs de prune et de fruits secs, des tannins un brin secs et une bonne finale réglissée aux relents de gâteaux aux fruits. On risque de ne pas aimer pour son caractère franchement déroutant, mais au moins il possède de la personnalité, ce qui n'est pas peu dire pour un 2003.

(*** - nov./06 - Fed)

 

Bandol "India" 2003, Dupéré Barrera

Rubis, bonne saturation. Nez, mûr, épicé, avec des notes discrètes de cerise et de prune. Bouche mûre, de bonne densité, avec des saveurs de liqueur de cerise, un caractère chaud, épicé, des tannins serrés, légèrement astringents, pas trop secs. Finale réglissée de bonne longueur. Beau travail pour un 2003.

(*** @ *** ½ - nov./06 - Fed)

 

 

Les 2001

 

Bandol "Cuvée collection" 2001, Château Ste Anne – Marquis Dutheuil de la Rochère

Rubis, bonne saturation. Très beau nez, très typé et complexe, avec un fruité frais et pur, légèrement vanillé, qui se complique de notes provençales très caractéristiques, olive, épices, aromates. L'attaque cache un brin de CO2 résiduel, mais l'aération corrige ce petit défaut très rapidement, il reste un vin de très bonne matière, ample riche, mûr, de bonne acidité, avec des saveurs de cerise et de cola, ainsi qu'une longue finale d'olive et d'épices. Pour le moment, les tannins semblent encore plutôt mordants et l'acidité un peu soutenue, deux éléments qui contribuent à rendre la présence en bouche un peu pointue. Mais la concentration et la longueur du vin sont autant de belles promesses, qui laissent espérer en un avenir très positif pour ce beau bandol.

(*** ½ @ **** - nov./06 - Fed)

 

Bandol 2001, Château Pibarnon

Rubis, limpide, bonne saturation. Gros nez de kirsch, débordant de cerise mûre, légèrement sucrée, confite, aux nuances de prune et de réglisse, évoluant vers le sucre brun. La bouche est de bonne densité, épicée, de très bonne concentration, avec une amertume de réglisse noire, aux relents de poivre. La finale est chaude et réglissée, avec des nuances de cerise. Un vin riche et mûr, avec des tannins fins et bien enrobés. Un bandol élégant.

(*** ½ @ **** - nov./06 - Fed)

 

Bandol 2001, Château Vannières

Rubis, bonne saturation, reflets grenat. Beau nez, épicé, chaud, poussiéreux, complexe, avec des notes de garrigue, d'olive et d'herbes. L'attaque est fluide, suivie par une bouche souple, très savoureuse, épicée, provençale, avec des saveurs d'herbes aromatiques très nettes, des tannins fins, qui mordent légèrement en fin de palais, où les nuances de garrigue sont subtiles et persistantes. Un vin qui semble déjà beaucoup plus civilisé que la bouteille dégustée il y a deux ans, il a gagné beaucoup de finesse et de typicité en évoluant et il semble encore pouvoir grandir.

(*** ½ - nov./06 - Fed)

 

Bandol "India" 2001, Dupéré Barrera

Rubis-pourpre, légèrement trouble, très bonne saturation. Beau nez, mûr, profond, épicé, terreux, avec un fruité gommé, aux notes de cerise, avec une touche d'olive. La bouche est riche, mûre, de bonne fraîcheur, avec un fruit croquant, expressif, cerise noire, prune, réglisse, épices, le tout étant de bonne concentration, avec une finale de bonne persistance. Un beau bandol, qui pourra bénéficier de quelques années de garde supplémentaires pour peaufiner quelques traits de caractère qui sont encore un peu approximatifs.

(*** ½ - nov./06 - Fed)

 

 

Les 2000 

 

Bandol 2000, Château Pradeaux

Rubis-grenat, bonne saturation. Très classique, complexe, offrant des notes de prunes, d'épices, d'olive et de réglisse, sur un fond doux, bien mûr. Bouche de belle structure, fine, serrée, soyeuse, avec plus de gras que la bouteille dégustée il y a deux ans, le vin semble avoir mis un peu de poids, les saveurs de réglisse et d'olive verte possèdent un caractère terreux, épicé, de bonne concentration, avec une belle finale réglissée, longue et de bonne intensité. Excellent! Il sera de très bonne garde.

(**** - nov./06 - Fed)

 

Bandol 2000, Pibarnon

Rubis-grenat, très bonne saturation. Nez subtil, très mûr, offrant des arômes de liqueur de prunes, aux nuances de cuir et de petit gibier. Bouche dotée d'une très belle matière, dense, souple veloutée, avec des tannins fins, bien enrobés, des belles saveurs d'épices, de réglisse, d'anis, ainsi qu'une longue finale épicée. Il est déjà très accessible, mais sa matière et son équilibre lui permettront d'évoluer pendant bien des années.

(**** - nov./06 - Fed)

 

 


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Federico