Bordeaux 1999 : acte II
la dégustation du 30 novembre 2003

Haut Médoc 1999, Château Sociando Mallet
Pauillac 1999, Château Pichon Lalande
Pauillac 1999, Château Pontet Canet
Pauillac 1999, Château Pichon Baron
.
Pauillac 1999, Château Lafite Rothschild
Pauillac 1999, Château Margaux

 

QUELQUES MOTS

 

Considérations générales
La dernière dégustation de Bordeaux 1999 (janvier 2003) nous avait donné des vins qui semblaient, en terme de qualité, assez proches des 1998. Dix mois après, cette deuxième rencontre avec les Bordeaux '99 a montré des vins qui semblent évoluer rapidement et qui, toutes sommes faites, sont à peine meilleurs que les 1997.
Les vins font preuve d'une bonne maturité (exception faite du Pontet Canet), mais ils ne possèdent pas la complexité ni la profondeur que l'on cherche dans des crus classés de Bordeaux. De plus, leur souplesse laisse présager une évolution précoce.

Après avoir complètement survolé les Bordeaux des millésimes 1997 et 1998, je n'ai pu résister à l'idée de me procurer quelques flacons des 1999. Sincèrement, je commence à regretter cette décision. Certains châteaux ont réussi à produire des vins fort satisfaisants, mais il est difficile de trouver des efforts vraiment mémorables. Ceci est encore plus préoccupant si on considère que même les tant réputés premiers crus classés ne s'en sortent pas avec leur grâce habituelle. Au mois de janvier, le Château Latour eut beaucoup de difficulté à se démarquer du splendide Léoville Barton (une des rares vraies réussites du millésime). Lors de cette deuxième dégustation, la différence entre les premiers grands crus classés et le reste du peloton était, à mon avis, encore très marginale. Margaux et Lafite étaient à peine plus complets que les vins de Pichon Baron et de Sociando Mallet.

Les résultats de cette dégustation
Dans le premier volet, les vins de Sociando Mallet et de Pichon Baron se sont nettement démarqués de ceux de Pichon Lalande et Pontet Canet en raflant les préférences de tous les dégustateurs présents (voir le tableau plus bas). Personne ne s'est montré surpris par cette autre excellente performance du Sociando Mallet : ce cru bourgeois joue dans les grandes ligues de Bordeaux depuis près de deux décennies. Le Pichon Baron était quant à lui le vin le plus typé du volet, avec des notes très précises et nobles, dignes d'un grand Pauillac. Légère déception en ce qui concerne la Comtesse, ronde, dotée de subtilité et de finesse, mais sans âme et franchement un peu trop facile. Le Pontet Canet semble avoir souffert de la position très septentrionale de son vignoble, à proximité de St. Estèphe. Son austérité et l'amertume de ses tannins ne sont pas un très bon signe.

Lors du deuxième volet, un face à face entre Margaux et Lafite, les dégustateurs étaient unanimes en proclamant la supériorité des deux vins relativement à ceux du premier volet. Personnellement, je demeure convaincu que cette supériorité était beaucoup moins nette qu'elle l'a été dans les derniers millésimes. 

Dans le passé, les Châteaux plus renommés tiraient leur épingle du jeu dans les mauvais millésimes grâce à la supériorité de leurs terroirs. Depuis quelques années, le progrès technologique a contribué à niveler cet écart. Osmose renversée, entropie et compagnie, ont permis de rehausser la qualité générale des vins dans les petits millésimes, mais elles ont aussi donné lieu à une standardisation des vins qui est regrettable car elle élimine sensiblement l'expression du terroir. 

Juste avant d'ouvrir les sacs un dégustateur soulignait un fait très révélateur : dans toutes nos dégustations (toujours strictement à l'aveugle) le vin du Château Margaux n'avait jamais perdu un affrontement. Et bien, son imbattibilité continue... 

     

 


  LE TABLEAU

Le tableau suivant montre, dans la colonne "votes", le nombre de préférences reçues par chaque vin (chaque dégustateur ayant droit à un vote de préférence par volet). Vous trouverez ensuite le pointage (sur 5 étoiles) que j'ai accordé à chaque vin. Occasionnellement, quand je crois que ça peut faciliter la compréhension du lecteur, j'ajoute une équivalence sur une échelle 100 points.

VINS DÉGUSTÉS VOTES

MES NOTES

Château Sociando Mallet

6

**** 90
Château Pichon Lalande

0

*** ½ 87
Château Pontet Canet

0

*** 85
Château Pichon Baron

9

**** 90-91
 

 

 
Château Lafite Rothschild

4

**** 91
Château Margaux

11

**** 92+


 

  LES NOTES DE DÉGUSTATION

Les vins sont toujours dégustés à l'aveugle.Les notes de dégustation sont présentées selon le même ordre dans lequel les vins se sont retrouvés une fois avoir été placés dans les sacs et mélangés pour obtenir un ordre de service aléatoire.


Haut-Médoc 1999, Sociando Mallet
Rubis-pourpre, très bonne saturation. Fumé, avec des notes de cuir et de fruit bien mûr, auxquelles s'ajoutent des accents de chêne et un caractère très subtil de poivron vert. Belle bouche, serrée, épicée, de corps moyen, avec une structure très appréciable. La finale est marquée par des notes de réglisse et de cassis de bonne persistance. Il semble s'être refermé légèrement depuis le printemps dernier, mais ça reste une très belle réussite pour le millésime. AM : 2008 @ 2013.
(**** - nov./03 - Fed)

 

Pauillac 1999, Château Pichon Lalande
Rubis, bonne saturation, avec des reflets grenat qui semblent témoigner d'une évolution prématurée. Plutôt discret, avec des nuances de cèdre et de sucre brun, le nez est assez doux, épicé et très subtilement réglissé. La bouche est épicée, de corps moyen, très accessible, avec des saveurs de cèdre et de chocolat et des relents presque sucrés. Il manque de concentration pour un Pauillac de ce rang, mais sa persistance en fin de bouche est très appréciable. 
(*** ½ - nov./03 - Fed) 

 

Pauillac 1999, Château Pontet Canet
Rubis-pourpre, de très bonne saturation. Le nez offre un fruité plutôt discret, alternant les notes de cassis à celles de cuir. La bouche est dominée par une astringence et une amertume qui témoigne du manque de maturité des tannins. Râpeux, ingrat, ce vin austère va peut-être s'adoucir légèrement avec un vieillissement à moyen terme, mais il trouvera difficilement un réel équilibre. 
(*** - nov./03 - Fed) 

 

Pauillac 1999, Château Pichon Baron
Rubis, bonne saturation, avec quelques reflets grenat. Nez d'intensité moyenne mais d'une complexité fort appréciable, avec des notes fumées (bacon), qui laissent éventuellement leur place à un séduisant mélange de cassis et de violette, subtilement marqué par les nuances de chêne et d'épices. La bouche offre beaucoup de rondeur et une bonne densité en milieu de palais, avec des saveurs de cassis et de cuir, légèrement minérales, de bonne concentration. Plutôt flatteur et accessible pour un si jeune Pauillac, mais ce Pichon Baron ne doit pas être pris à la légère car c'est un vin complet et très réussi.
(**** - nov./03 - Fed)  


 

Pauillac 1999, Château Lafite Rothschild
Rubis-pourpre, bonne saturation. Très subtil, offrant des notes de cèdre et de cuir, ainsi qu'un fruité de crème de cassis. L'attaque est assez ample, la bouche est soutenue par une belle acidité et des saveurs de chocolat et de cassis. Modérément tannique, très soyeux, avec un milieu de palais assez plein et une fine amertume en arrière bouche. Racé, fin, pas éclatant mais très complet, un Lafite très classique auquel il ne manque que la profondeur et le grain des meilleurs millésimes.
(**** - nov./03 - Fed) 

 

Margaux 1999, Château Margaux
Rubis-pourpre, très bonne saturation. Assez complexe, avec des notes de fruit noir, chocolat, cassis, prunes, ainsi que des nuances de mine de plomb qui ne s'expriment qu'après une certaine oxygénation dans le verre. Plutôt tannique en bouche, très structuré, avec des saveurs de prune et de chocolat qui persistent. Il est de bonne concentration mais (à l'instar de Lafite) il ne possède pas la profondeur des meilleurs millésimes, ni l'opulence qui caractérise les grandes réussites de ce Château.
(**** - nov./03 - Fed) 

 

 


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Federico