Le Corton Charlemagne selon Bonneau du Martray
la dégustation du 16 novembre 2003

Corton Charlemagne grand cru 1991, Bonneau du Martray
Corton Charlemagne grand cru 1993, Bonneau du Martray
Corton Charlemagne grand cru 1997, Bonneau du Martray
Corton Charlemagne grand cru 1998, Bonneau du Martray
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Corton Charlemagne grand cru 1999, Bonneau du Martray
Corton Charlemagne grand cru 1999, Bouchard Père et Fils
Corton Charlemagne grand cru 1999, Louis Latour
Corton Charlemagne grand cru 1999, Dubreuil Fontaine
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Corton grand cru 1999, Bonneau du Martray


QUELQUES MOTS

L'appellation Corton-Charlemagne est à l'origine de quelques uns des plus grands vins blancs du monde. Elle doit son nom à la commune qu'elle traverse, Aloxe-Corton, et à l'empereur carolingien qui fit don de ses vignes en 775 à l'abbaye de Saint-Andoche à Saulieu. La légende dit qu'au VIIIe siècle, l'Empereur Charlemagne était propriétaire des vignobles sur la colline de Corton et qu'il aimait le vin rouge de cet endroit au point de le boire avec un tel abandon qu'il finissait inévitablement par en renverser sur sa noble barbe d'Empereur. Sa femme, toutefois, était convaincue que ces taches rouges sur sa barbe n'étaient pas très dignes de l'empereur du Saint Empire Romain et, faisant valoir ses arguments, elle obtint de son mari qu'on arrache une partie des vignes de rouge pour planter du blanc. C'est ce qui donna naissance au Corton Charlemagne.

L'AOC Corton-Charlemagne s'étend sur plus de 71 hectares qui se concentrent sur une bande de terre partant des hauteurs de la colline de Corton pour redescendre sur Pernand-Vergelesses en traversant Aloxe-Corton. Le sol est constitué d'argile et de craie, légère et blanche, et renferme des éléments caillouteux. Un mésoclimat assure des températures plus fraîches que sur le vignoble voisin de Corton. De ces caractéristiques, le vin tire une identité bien définie : gras, assez vif, ample et long, il a besoin de quelques années pour s'exprimer.

Bonneau du Martray
Les 11 hectares que possède ce vieux domaine se répartissent sur deux grands crus : un hectare et demi en Corton Rouge et neuf hectares et demi en Corton-Charlemagne blanc. Fondé par Monsieur Bonneau-Véry, le Domaine a changé de lignée tout en restant propriété de la même famille, puisqu'en 1969, René Bonneau du Martray, sans héritier direct, le transmit à sa nièce, la comtesse Le Bault de la Morinnière. Son fils, Jean-Charles lui a succédé à la tête de la propriété, aidé en cela par Bernard et Jean-Pierre Bruchon, les actuels régisseurs. La production moyenne est de 56 000 bouteilles. Les 9.5 hectares de vignes de Corton-Charlemagne appartenant à Bonneau du Martray ont une moyenne d'âge de 40 ans. Seuls les raisins parfaitement sains sont retenus et le vin est vinifié de façon à favoriser la finesse et les qualités aromatiques. 

La dégustation
Une considération très intéressante, sur laquelle il faut réfléchir en dégustant les vins de Bonneau du Martray, est qu'il s'agit du seul domaine de Bourgogne à produire uniquement des vins classifiés "grand cru." En effet, le seul autre domaine qui avait cette réputation, le Domaine de la Romanée Conti, nous a offert un Vosne Romanée 1er cru (la cuvée Duvault-Blochet) tout récemment.

Difficile de donner un jugement sur la production du domaine Bonneau du Martray, sauf peut-être pour dire que la qualité de ses blancs est assez hétérogène. À l'exception du 1993, qui était vraiment un très grand Corton Charlemagne, les vins que nous avons dégustés ne justifiaient pas pleinement leur statut de grand cru, ni pouvait-on dire qu'ils justifiaient leur prix. Les '91, '97 et '98 étaient manifestement bien vinifiés, ils faisaient preuve d'élégance et d'une certaine race, mais ils ne possédaient pas la profondeur qu'on s'attend d'un grand blanc de Bourgogne. Puis est venu le tour du 1999, dont l'opulence n'avait d'égal que dans sa simplicité. C'est le vin qui m'a le plus laissé perplexe car, si les quatre premiers millésimes de cette dégustation montraient au moins une belle continuité, le 1999 était radicalement différent. Pourtant, dans le deuxième volet, il y a quand même des dégustateurs qui l'ont préféré. Si ma préférence est allée en faveur du très pur et très classique Corton Charlemagne de la maison Bouchard père et fils, il faut quand même souligner l'excellente performance du vin de Dubreuil Fontaine, dont le prix était d'au moins cinquante dollars inférieur aux autres vins du deuxième volet et qui a quand même remporté la palme ex aequo

Finalement, le Corton rouge de Bonneau du Martray, servi tout seul en fin de dégustation, est venu nous rappeler l'excellente qualité des rouges de Bourgogne dans le millésime 1999. À un prix bien inférieur de celui de leur Corton Charlemagne 1999, le rouge de Bonneau du Martray m'a semblé un vin beaucoup plus typé, distingué et somme toute plus réussi.

 

    

 

  LE TABLEAU

Le tableau suivant montre, dans la colonne "votes", le nombre de préférences reçues par chaque vin (chaque dégustateur ayant droit à un vote de préférence par volet). Vous trouverez ensuite le pointage (sur 5 étoiles) que j'ai accordé à chaque vin. Occasionnellement, quand je crois que ça peut faciliter la compréhension du lecteur, j'ajoute une équivalence sur une échelle 100 points.

VINS DÉGUSTÉS VOTES

MES NOTES

Bonneau du Martray 1991 3 *** ½
Bonneau du Martray 1997 2 *** ½
Bonneau du Martray 1998 0 *** ½ @ **** 
Bonneau du Martray 1993 8 ****
Bouchard Père et Fils 1999

4

****
Dubreuil Fontaine 1999 4 *** ½ @ **** 
Louis Latour 1999 0 *** ½ @ **** 
Bonneau du Martray 1999 

3

** ?


 

  LES NOTES DE DÉGUSTATION

Les vins sont toujours dégustés à l'aveugle.Les notes de dégustation sont présentées selon le même ordre dans lequel les vins se sont retrouvés une fois avoir été placés dans les sacs et mélangés pour obtenir un ordre de service aléatoire.


Corton Charlemagne 1991, Bonneau du Martray
Séduisant, très fin, avec des notes de pâtisserie fine vraiment alléchantes qui sont composées par des nuances subtiles et crémeuses de chêne et de vanille. La bouche est assez onctueuse et encore marquée par une fine amertume qui le rend assez distingué. Belle bouteille. Prêt à boire.
(*** ½ - nov./03 - Fed)

 

Corton Charlemagne 1997, Bonneau du Martray
Discret, avec des notes florales de tilleul, ainsi que des nuances d'anis et un boisé sous-jacent qui se montre vraiment de très grand raffinement. L'attaque possède une acidité stimulante qui évoque la pomme verte, la bouche est épicée et marquée par des saveurs d'anis, avec un fruit blanc très pur et sucré. De bonne maturité, mais encore un peu unidimensionnel en bouche. Il a besoin de temps à mon avis. AM : 2006 @ 2009.
(*** ½ - nov./03 - Fed)

 

Corton Charlemagne 1998, Bonneau du Martray
Plutôt boisé, avec des notes de chêne très raffinées qui tendent a dominer le fruit. Il possède un caractère minéral très complexe, composé de notes fumées de pierre à fusil. La bouche est encore plutôt fermée, avec un belle minéralité, une fine acidité et une amertume de chêne encore prononcée. Il a besoin de temps, mais la qualité est là. AM : 2007 @ 2010.
(*** ½ @ **** - nov./03 - Fed)

 

Corton Charlemagne 1993, Bonneau du Martray
Plutôt discret, il met un certain temps avant d'offrir une palette aromatique complexe et raffinée, faite des notes de fruits secs, de noisette et de miel. La bouche est onctueuse, équilibrée, avec des saveurs de beurre et de fruits exotiques. Très riche et complet. Très belle bouteille! À boire jusqu'en 2006.
(**** - nov./03 - Fed)

 


 

Corton Charlemagne 1999, Bouchard Père et fils (917 286 – 130,00$)
Ce Corton offre exactement ce que l'on s'attend d'un grand Bourgogne blanc : complexité et race! Il possède un très beau caractère minéral, subtilement fumé, avec des arômes très précis de pierre à fusil et un boisé très raffiné, qui s'entremêle bien aux notes de noisette, de figue, d'épices très fines et de pomme mûre. La bouche est très fine et élégante, mais d'excellente concentration en milieu de palais, avec une finale d'une longueur étonnante, sur des nuances de noisette, d'épices et de beurre. Très séduisant et classique en même temps. Je crois que son équilibre lui permettra de vieillir très bien. AM : 2005 @ 2011. 
(**** - nov./03 - Fed)

 

Corton Charlemagne 1999, Dubreuil Fontaine
Passablement marqué par le chêne à l'ouverture, il gagne des notes d'épices assez complexes, de fruits secs et de pomme bien mûre. La bouche est de corps moyen, très fine, avec des saveurs de noisette et d'amande et un boisé assez bien intégré. Très classique. AM : jusqu'en 2009 
(*** ½ @ **** - nov./03 - Fed)

 

Corton Charlemagne 1999, Louis Latour (739 086 – 124,00$)
Un Corton tout en puissance, dominé par un caractère sulfureux assez prononcé à l'ouverture, il évolue positivement dans le verre et gagne des arômes intéressants de chêne, de fumée, avec des belles nuances minérales. La bouche est très beurrée, intense, riche, avec des saveurs de fruits exotiques, très mûrs, enrobés de beurre frais. Trop intense pour qu'on puisse réellement l'apprécier dès maintenant. Il sera à maturité entre 2006 et 2011. Belle bouteille.
(*** ½ @ **** - nov./03 - Fed)

 

Corton Charlemagne 1999, Bonneau du Martray (899 526 – 121,00$)
Dans un style très différent des millésimes qui l'ont précédé, ce Corton Charlemagne possède un caractère excessivement mûr, avec des notes de pommes bouillies. Même les nuances délicates de fleurs blanches et de citron, qu'il gagne après un certain temps d'oxygénation, ne suffisent pas à remettre de l'ordre dans cette éruption de surmaturité qui s'offre au nez. Il semble dans une phase très délicate de son évolution, qui laisse transpirer beaucoup de fruit et de chaleur et très peu de finesse. La bouche est ronde, très accessible et plutôt facile pour un grand cru de Bourgogne, sans l'onctuosité ou la tenue en bouche que devrait posséder un vin de ce calibre. Est-ce un défaut de bouteille ou changement de direction dans la vinification chez Bonneau du Martray? Je suis perplexe. Une chose est sûre, dans ce style je préfère la maturité et l'onctuosité des cuvées Reserve de Saintsbury ou de Beringer.  
(** ? - nov./03 - Fed)


 

Corton 1999, Bonneau du Martray
Issu de rendements inférieurs à 30 hectolitres par hectare, ce Corton possède une robe rubis-pourpre limpide, de bonne saturation. Très classique, avec un nez très pur de cerise acidulée et de canneberge. La bouche est de corps moyen, équilibrée, avec des saveurs de fruits rouges très fraîches et subtilement poivrées. Très pur et élégant, à défaut d'être réellement profond. Il possède une structure tannique adéquate, qui lui permettra de bien vieillir. AM : jusqu'en 2014.   
(**** - nov./03 - Fed)

 

 


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Federico