Bonneau vs Beaucastel
la dégustation du 6 février 2005

Châteauneuf du Pape  1994, Château de Beaucastel
Châteauneuf du Pape  1994, Henri Bonneau
Costières de Nîmes "Cuvées Éole"  1994, Château de la Tuilerie
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Châteauneuf du Pape 1998, Domaine du Vieux Télégraphe
Châteauneuf du Pape "cuvée Marie Beurrier" 1998, Henri Bonneau
Châteauneuf du Pape 1998, Château de Beaucastel

 

 

  QUELQUES MOTS

Le but de cette dégustation était principalement de faire connaissance avec les vins d'Henri Bonneau:  un producteur éclectique, qui possède une philosophie un peu anachronique du vin, mais dont les Châteauneuf du Pape jouissent d'une réputation presque mythique. Ne se fiant que de son savoir et de son instinct, Bonneau n'hésite pas à laisser séjourner ses vins en fûts (de très vieux fûts) pendant des années s'il le faut. Par exemple, la cuvée Marie Beurrier 1998 présentée dans cette dégustation a été embouteillée à l'automne de 2004! Ceci n'empêche pas ses vins d'être d'un grand classicisme, droits et sans artifices.

Pour les fins de cette comparaison, un concurrent de taille a été retenu: Beaucastel. Les vins de Beaucastel sont beaucoup moins classiques. En fait, ils sont carrément atypiques parfois. Toutefois, ce sont des vins qui jouissent d'une des meilleures longévités de toute l'appellation.

Dans le premier volet, nous avons eu la nette confirmation que Beaucastel a produit peut-être le meilleur vin de l'appellation en 1994. Un vin d'une grande complexité, encore jeune et puissant. 

Le deuxième volet a causé une certaine surprise. Tout le monde a reconnu le Bonneau assez facilement. Le style de la cuvée Marie Beurrier '98 était, à quelques nuances près, la copie conforme de celui du châteauneuf du pape '94 mais avec considérablement plus de richesse en bouche. Il ne restait donc qu'à discerner le Vieux Télégraphe du Beaucastel, deux réussites monumentales en '98. À l'exception d'un bien courageux dégustateur, tout le groupe a identifié le vin #1 comme le Beaucastel. C'est bel et bien le vin #1 qui a gagné ce volet, mais il s'agissait toutefois du Vieux Télégraphe, le Beaucastel était dans le verre #3... 

Pour plus d'informations sur ces vins vous pourrez consulter le tableau ci-bas ainsi que les notes de dégustation qui suivent.

     

 
  LE TABLEAU

Le tableau suivant montre, dans la colonne "votes", le nombre de préférences reçues par chaque vin (chaque dégustateur ayant droit à un vote de préférence par volet). Vous trouverez ensuite le pointage (sur 5 étoiles) que j'ai accordé à chaque vin. Occasionnellement, quand je crois que ça peut faciliter la compréhension du lecteur, j'ajoute une équivalence sur une échelle 100 points.

VINS DÉGUSTÉS

VOTES

MES NOTES

Beaucastel 1994

9

****
Bonneau 1994

1

*** ½
Tuilerie "Éole" 1994

3

*** ½ @****
 

 

 
Vieux Télégraphe 1998

6

**** @**** ½
Bonneau "Marie Beurrier" 1998

5

****
Beaucastel 1998 2 **** @**** ½  


 

 
  LES NOTES DE DÉGUSTATION

Les vins sont toujours dégustés à l'aveugle.Les notes de dégustation sont présentées selon le même ordre dans lequel les vins se sont retrouvés une fois avoir été placés dans les sacs et mélangés pour obtenir un ordre de service aléatoire.

Châteauneuf du Pape 1994, Château de Beaucastel
Rubis, reflets grenat, bonne saturation. Complexe, très parfumé, ce Beaucastel offre une grande variété de nuances allant du floral à l'animal, avec un fruit de kirsch très charmeur. La bouche est de corps moyen, assise sur des tannins fins, soyeux, attendris par l'âge, dotée de saveurs cuirées, réglissées, aux nuances de prunes et d'une longue finale, vaporeuse, aux relents de tabac. C'est un grand châteauneuf, qui transcende le millésime.
(**** - fév./05 - Fed)  

Châteauneuf du Pape 1994, Henri Bonneau
Rubis-grenat, moyenne saturation. Très subtil, complexe, marqué par un caractère épicé qui prend souvent des connotations assez déroutantes de pied de céleri, mais aussi doté de nuances de violette, de kirsch et de boîte à cigare qui le ramènent sur la juste voie. La bouche est de corps moyen, très soyeuse, légèrement astringente, aux saveurs d'épices et de tabac qui semblent manquer de vigueur mais qui sont toutefois très persistantes. Belle bouteille.
(*** ½ - fév./05 - Fed)  

Costières de Nîmes "Cuvée Éole" 1994, Château de la Tuilerie
Une bouteille qui était minée par un léger défaut de bouchon, mais qui vaut la peine d'être commentée quand même. La robe est d'une étonnante jeunesse, rubis-pourpre, de très bonne saturation. Le nez (légèrement bouchonné) laisse filtrer des notes de cuir et de poivron qui rappellent certains vins du Médoc. La bouche possède encore un volume et un fruité vraiment étonnants, avec une matière presque sucrée en milieu de palais qui est tenue ensemble par une trame tannique très fine et parfaitement intégrée, dotée de saveurs de liqueur de cerise et de framboise, nettes et encore vibrantes. Un vin très surprenant.
(*** ½ @ **** - fév./05 - Fed)

 


 

Châteauneuf du Pape 1998, Domaine du Vieux Télégraphe
Rubis-pourpre, très bonne saturation. Monolithique et légèrement sulfureux au début, il gagne des nuances incroyablement précises de viande crue, épicée, de chêne et de cuir. La bouche est massive, ample, mûre, très profonde, minérale et réglissée, après une bonne oxygénation dans le verre le monstre s'assouplit un peu et gagne des saveurs de sirop à la cerise. Les tannins sont fermes mais parfaitement intégrés et tissent ensemble cette masse imposante, un peu monolithique pour l'instant, mais dotée d'un très grand potentiel. Ce '98 semble être une réussite historique pour ce domaine. AM : 2008 @ 2018. 
(**** @ **** ½ - fév./05 - Fed)  

Châteauneuf du Pape "Cuvée Marie Beurrier"  1998, Henri Bonneau
Une cuvée qui, en théorie, n'aurait pas du exister car le producteur était si satisfait de ses vins que tout aurait du passer dans la plus prestigieuse et dispendieuse Cuvée des célestins. À la dernière minute, à la demande d'un de ses agents européens, une quantité minuscule a été embouteillée sous le nom de Marie Beurrier. Rubis-grenat, de bonne saturation, ce vin possède des qualités presque bourguignonnes et semble nettement plus évolué que les autres Châteauneufs du même millésime. Légèrement confit, avec des nuances assez complexes de civet, d'épices et de céleri, il possède une agréable fraîcheur de violette.  La bouche, toutefois, semble être celle d'un autre vin: de3 corps moyen, mais dotée d'une grande maturité et très chaude, presque liquoreuse, comme un porto sec, avec des saveurs de prunes, de réglisse et d'épices. C'est un vin difficile à saisir, d'autant plus qu'à force d'essayer et de ressayer, c'est pas long qu'il n'en reste plus une goutte. AM : jusqu'en 2012.
(**** - fév./05 - Fed)  

Châteauneuf du Pape 1998, Château de Beaucastel
Rubis-pourpre, bel éclat, très bonne saturation. Le nez émane une maturité déroutante, un sirop de prune, du goudron en ébullition, des nuances de sucre caramélise et de raisins cuits, une profondeur exceptionnelle mais aussi un brin de lourdeur. La bouche, toutefois, fait preuve d'un équilibre impeccable, étonnamment fluide et veloutée, d'une densité rare et extrêmement concentrée dans ses saveurs de prunes, de confiture de cerises et de réglisse. Quel est donc le secret de ce vin dont la matière frôle l'obésité, mais qui surprend le palais grâce à une agilité digne d'un gymnaste? Et quelles formes prendra-t-il au cours son évolution? Son potentiel de garde semble illimité… qui vivra verra!  
(**** @ **** ½ - fév./05 - Fed)

   


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Federico